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Canada : l’immigration face aux défis du marché du travail

Arriver au Canada est un projet plein d’espoir. Beaucoup d’immigrants voient ce pays comme la promesse d’un avenir stable avec de nouvelles opportunités professionnelles. Mais une fois sur place, les rêves se heurtent à une réalité implacable, le marché du travail. 

Les immigrants arrivent souvent au Canada avec des diplômes, de l’expérience et une carrière déjà établie. 

Ils ont occupé des postes d’ingénieurs, d’enseignants, de médecins, de juristes ou de gestionnaires dans leurs pays respectifs et imaginent naturellement poursuivre leur parcours professionnel, une fois installés au Canada.

Mais sur place, la réalité du marché du travail canadien se révèle plus complexe que prévu. 

La poursuite d’une carrière équivalente à celle qu’ils détenaient dans leur pays d’origine présente des obstacles majeurs, qui surprennent et déstabilisent de nombreux nouveaux arrivants.

C’est le cas d’Exaucée Mutombo. 

Cette étudiante d’origine congolaise est inscrite au collège La Cité d’Ottawa. Elle y suit un programme de préposée aux bénéficiaires. 

Pourtant dans son pays, Exaucée était médecin. 

« On m’a demandé, après évaluation de mes diplômes, de reprendre les études à partir de la 5e année de médecine. Ce que j’ai refusé. J’en ai déjà fait 8 au Congo et je travaillais dans un établissement sanitaire public avant d’immigrer » révèle t-elle. 

Selon la jeune femme, faire des études de préposée aux bénéficiaires, lui permet d’avoir un diplome canadien et ainsi de se lancer sur le marché du travail. 

« Le programme dure deux ans. Et je suis dans ma dernière année. Mon objectif principal est de trouver un emploi stable avant d’explorer d’autres voies » confie t-elle. 

Une transition professionnelle souvent difficile. 

Après les premiers mois d’installation, plusieurs immigrants découvrent que retrouver un emploi dans leur domaine n’est pas toujours simple. 

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Les démarches peuvent être longues, les réponses aux candidatures sont rares et les exigences des employeurs sont parfois difficiles à comprendre.

Peu à peu, une question centrale émerge. 

La reconnaissance des acquis permettra-t-elle de valoriser l’expérience passée ou faudra-t-il recommencer sa carrière depuis le début, comme le craignent de nombreux nouveaux arrivants ?

« Moi j’ai été confronté aux exigences de l’Ordre des enseignants de l’Ontario » réagit Abdoulaye Chérif, immigrant d’origine ivoirienne vivant à Ottawa.  

« Je peux dire que j’ai eu de la chance parce que mes compétences ont été reconnues par l’Ordre sur la base des documents fournis. Le traitement a pris plusieurs mois. Pendant ce temps, je travaillais dans un supermarché pour gérer mon quotidien » révèle t-il. 

Selon Statistique Canada, de nombreux immigrants qualifiés occupent un emploi inférieur à leur niveau de formation durant leurs premières années au Canada. 

Cette situation, souvent appelée déqualification professionnelle, touche une proportion importante de nouveaux arrivants, y compris parmi les titulaires de diplômes universitaires.

Des professionnels expérimentés acceptent des emplois sans lien avec leur domaine pour subvenir aux besoins de leur famille en attendant la régularisation de leur situation.

Africanadien- Immigrant africain au Canada avec ses diplôimes obtenus depuis l’Afrique

Le défi de la reconnaissance des diplômes

La reconnaissance des diplômes étrangers constitue le premier obstacle. 

C’est l’un des défis que les associations immigrantes du Canada tentent de résoudre depuis plusieurs années. 

Au Canada, plusieurs professions sont réglementées. 

Un diplôme ne suffit pas. 

Les professionnels doivent obtenir une autorisation d’un ordre ou d’un organisme provincial.

C’est notamment le cas pour des métiers tels que la médecine, l’ingénierie, la comptabilité, le droit ou encore l’enseignement. 

« La non-reconnaissance des diplômes est une situation qui empêche l’intégration rapide de nos compatriotes. C’est notre plus grand défi car des professionnels africains sont capables de faire aussi mieux que les Canadiens » a commenté Abel Pli, premier président de la Fédération africaine et associations du Canada (FAAC).

Pour les immigrants formés à l’étranger, ce processus peut inclure l’évaluation des diplômes, des examens, des formations ou des stages supervisés. 

Selon le gouvernement du Canada, ces démarches visent à s’assurer que les compétences des professionnels répondent aux normes canadiennes, mais elles constituent un défi majeur pour les nouveaux arrivants.

Comptable au Cameroun, Franck-Olivier N’Gassa a dû reprendre ses études en comptabilité au Canada. Aujourd’hui, il est installé à son propre compte. 

« Cela peut sembler être une perte de temps au départ. Parfois, je me suis demandé si cela en valait le coup. Mais aujourd’hui, je ne regrette pas. Il faut avant tout le prendre comme un investissement » pense t-il. 

Mais pour ceux qui doivent rapidement trouver un revenu, le cœur du problème réside souvent dans l’obligation de recommencer leur carrière ailleurs, sans garantie de reconnaissance de leur expérience et de leurs qualifications. 

L’expérience locale étant privilégiée. 

L’énigme de l’expérience canadienne

Beaucoup d’employeurs privilégient des candidats familiers des pratiques locales et de la communication en milieu professionnel. 

Pour un nouvel arrivant, cette exigence est paradoxale : comment acquérir une expérience canadienne sans première chance ?

Ce phénomène est bien documenté par les institutions publiques et les organismes d’intégration. 

Il constitue l’un des principaux défis auxquels les immigrants sont confrontés lors de leur entrée sur le marché du travail.

Mais au-delà des diplômes et de l’expérience, les immigrants doivent aussi s’adapter à une nouvelle culture du travail. 

Même pour les bilingues, certaines nuances professionnelles comme participer à une réunion, présenter ses idées, négocier, comprendre les attentes d’un employeur prennent du temps à être maîtrisées.  

Les codes professionnels varient selon les pays. 

Ce qui est habituel ici peut être perçu différemment ailleurs. 

Apprendre ces codes fait partie de l’intégration professionnelle.

Avec le temps, de nombreux arrivants parviennent à s’adapter et à trouver leur place dans ce nouvel environnement.

« J’utilisais très peu les outils numériques avant mon immigration. Pourtant ici, la plupart des réunions se font en ligne » confie Christelle Abena, immigrante d’origine camerounaise. 

Elle découvre la différence entre le milieu du travail en Afrique et celui du Canada. 

« Il faut le reconnaître, ce n’est pas pareil. En Afrique, tes collègues deviennent facilement tes amis. Vous devenez une famille. Mais au Canada, on reste strictement dans le cadre professionnel. Il y’a donc des limites à ne pas franchir » révèle t-elle. 

Outre la reconnaissance des diplômes, il faut aussi s’adapter à la culture du travail au Canada. Toute chose qui requiert souvent du temps et du courage. 

Africanadien- Entrepreneur africain dans les rues de Toronto au Canada

Patience et résilience, clés de réussite au Canada 

Pour de nombreux immigrants, les premières années au Canada constituent une période d’apprentissage et d’adaptation. 

Entre les démarches administratives, la recherche d’emploi et les ajustements culturels, la transition peut s’avérer exigeante. 

Mais cette période est aussi marquée par la détermination. 

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Beaucoup poursuivent leurs efforts, développent de nouvelles compétences et explorent d’autres options professionnelles. 

Landry Opeli, est arrivé au Canada en 2014. 

Cadre d’une compagnie de téléphonie à Abidjan en Côte d’Ivoire, il a trouvé sa voie dans le transport de marchandises. 

Il est devenu camionneur. 

« J’ai trimé pendant deux ans avant de me tourner vers le camionnage et aujourd’hui, je ne regrette pas » confie-t-il. 

Il avoue que sa femme qui avait des appréhension sur son choix de carrière au départ, a finalement accepté la situation. Elle est aujourd’hui son premier soutien. 

« Ma femme a été surprise quand je lui est présenté mon premier bulletin de paie en tant que chauffeur de camion poids lourd. C’est à partir de là, que mon immigration au Canada a vraiment commencé » assure t-il tout sourire.

Mais les histoires ne sont pas toujours aussi belles. Au Canada, on enregistre beaucoup de frustrations et de déceptions. 

Les attentes ne sont pas toujours comblées et le rêve canadien peut très vite virer au cauchemar. 

Dans un prochain article, nous verrons comment certains immigrants parviennent à transformer cette transition professionnelle en une nouvelle opportunité.

Lisa Avina et Eric Coulibaly 

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