dimanche, mars 1, 2026
No menu items!
spot_img
AccueilActualitésInterview/ Abel Pli: "notre plus grand défi demeure la reconnaissance au Canada,...

Interview/ Abel Pli: « notre plus grand défi demeure la reconnaissance au Canada, des diplômes et expériences acquis en Afrique »

Une communauté africaine intégrée et solidaire. C’est la vision d’Abel Pli, ivoirien installé au Canada depuis plusieurs années. Premier président de la Fédération africaine et associations du Canada (FAAC), il parle de son engagement pour une diaspora forte. 

Où trouvez-vous le temps, entre impératifs professionnels et vie de famille, pour vous consacrer à votre communauté ici au Canada ?

Je considère mon engagement envers la communauté comme un sacerdoce. Cela fait plus d’une décennie que je suis engagé au service de mes frères et sœurs ici au Canada. 

C’est vraiment un sacerdoce parce qu’il faut avoir la capacité d’aider à tout moment. Quand on parle d’aide, il ne s’agit pas uniquement d’aide financière, même si ça peut arriver, mais il s’agit plus de mettre des personnes en contact, leur trouver des opportunités. 

Le temps au Canada est un facteur rare. Mais lorsqu’on est engagé pour une cause, on s’y met à fond. Je suis donc en plein temps pour la famille, la communauté et le travail. 

C’est la raison pour laquelle beaucoup de compatriotes continuent de nous faire confiance. J’essaie de donner le meilleur de moi-même.

Quelle expérience pouvez-vous partager de votre passage à la tête de la Fédération des associations ivoiriennes du Canada (FAIC) ? 

Mon expérience à la tête de la Fédération des associations ivoiriennes du Canada (FAIC) pourrait faire l’objet d’une thèse de doctorat (rire). 

Depuis 2017, date de la première assemblée générale élective, j’ai été le premier secrétaire général de cette association auprès du premier président Dr Olivier Kotchy dans le premier bureau de 2017 à 2020. 

Après cela, j’ai été élu président le 20 janvier 2020. J’ai fait deux mandats dont le dernier a pris fin en 2024. 

On a beaucoup de réalisations qui continuent de servir la communauté ivoirienne. J’étais accompagné d’une équipe dynamique et engagée. Le président actuel Benjamin Pohé était mon vice-président. 

Aujourd’hui, il perpétue nos actions. À la FAIC, chacun fait sa part et son successeur poursuit l’œuvre. 

Notre projet phare, c’est la SICA (Solidarité ivoirienne du Canada) qui compte aujourd’hui plus de 5000 membres

Il y’a aussi le Réseau des entrepreneurs ivoiriens du Canada (REICA) qui a été mis en place. Cette question ne suffit pas à tout expliquer.

Comment vient l’idée de créer une association plus large, celle de la diaspora africaine ? 

Je suis le premier président de la Fédération africaine et associations du Canada (FAAC). Il y’avait d’abord la FAC, la Fédération africaine du Canada. 

Mais nous avons estimé qu’il fallait fédérer des associations et non des individus. Ce sont mes compairs africains qui, après avoir vu ce qu’on faisait au niveau de la Fédération des associations ivoiriennes du Canada, ont décidé de nous faire confiance. 

On dit souvent, seul on va plus vite, mais unis, on va plus loin. Nous avons eu des discussions avec des représentants du Mali, de la Guinée, du Sénégal, du Togo et j’en passe. Nous avons réussi à mettre sur pied la FAAC dont j’ai aussi été le premier président de 2023 à 2025. 

Quel est le but de l’association de la diaspora africaine du Canada ?

Notre objectif principal, créer un pont entre le Canada et l’Afrique. Un pont en matière de développement économique, un pont en matière d’infrastructures et d’échanges commerciaux. 

Les choses fonctionnent bien. Les débuts ne sont pas faciles mais l’association atteindra bientôt sa vitesse de croisière. En dehors de cela, nous travaillons aussi à l’intégration des nouveaux arrivants dans leur pays d’accueil. 

C’est vrai que ce rôle est dévolu aux associations, mais nous coordonnons leurs actions, toujours dans le but d’aider la communauté. 

Ici, on ne parle pas de nations africaines mais de diaspora africaine. Quand je rencontre un Sénégalais ou un Malien par exemple, je ne lui demande jamais ses origines. 

Pour moi, c’est un Africain tout simplement. Et c’est cette solidarité qu’il faut cultiver. 

Abel Pli, président sortant de la Fédération africaine et associations du Canada (FAAC)

Vous êtes le président sortant de cette association. Quels sont les objectifs atteints pendant votre mandature ? 

En tant que premier président de la Fédération des associations africaines du Canada (FAAC), les premiers pas étaient consacrés aux démarches administratives. Il fallait être en règle vis-à -vis des autorités canadiennes. 

Nous avons organisé des rencontres pour permettre aux compatriotes de nous retrouver. Nous avons organisé des journées de sorte à ce que chaque africain se sente fier et impliqué dans l’organisation. 

Vous avez passé le témoin à une nouvelle équipe dirigeante mais demeurez toujours au service de la diaspora. Selon vous, quels sont les défis qu’il reste à relever ? 

Les défis sont énormes. Nous sommes sollicités tous les jours. Je donne le meilleur de moi-même mais ce n’est pas suffisant. 

Je préfère parler de défis plutôt que de problèmes. Il y’a par exemple, la non reconnaissance de l’expérience acquise en dehors du Canada et la non reconnaissance des diplômes de l’étranger. C’est l’un des grands défis auxquels nous sommes confrontés. 

C’est une situation qui empêche l’intégration rapide de nos compatriotes. Par ailleurs, il y’a la barrière de la langue. 

La plupart des immigrants de la communauté viennent de pays francophones. Et on demande le bilinguisme avant de pouvoir trouver un emploi.

Voici un peu les défis auxquels nous sommes confrontés. Nous travaillons à relever cela. 

Êtes-vous aujourd’hui un interlocuteur crédible auprès des autorités canadiennes ?

« Le sel ne se dit pas salé » (rire). La crédibilité doit venir d’un regard extérieur. Je pense, sans prétention aucune, qu’avec ce que nous avons fait et les invitations que nous recevons des autorités canadiennes témoignent de la crédibilité de la Fédération

Nous avons su asseoir une image forte de sorte que les gens continuent de nous faire confiance

Même avec nos compatriotes, nous organisons régulièrement des événements pour les sensibiliser et leur montrer qu’ils ont désormais une association. 

Quelle est votre vision de l’avenir des immigrants africains ici au Canada ?

Notre vision, faire en sorte que les compatriotes qui arrivent, soient sûrs qu’ils ont du potentiel à offrir et qu’ils ne soient pas d’immigrants de trop. Que ces personnes apportent une valeur ajoutée à la communauté locale. 

Il y’a donc d’abord la prise de conscience que nous avons du talent, du potentiel. Ensuite, il faut jeter un regard rétrospectif et se rappeler d’où on vient.

Il faut aider au développement de l’Afrique, notre continent. On arrive souvent ici déjà adultes, cela signifie que l’Afrique nous a formés et éduqués

Il faut donc être reconnaissant à ce continent et la manière la plus convaincante de le faire, c’est d’investir en Afrique. C’est cela la vision. Créer des emplois afin d’aider nos frères et sœurs qui n’ont pas eu la chance d’être ici.

Propos recuillis par Eric Coulibaly

A LIRE AUSSI
- Advertisment -spot_img

DIASPORA

- Advertisment -spot_img