Supermarché Walmart, station Blair Ottawa, il est 18h. Le rayon de vêtements pour femmes est achalandé. Nadia Ngom se faufile rapidement entre les autres clientes. Elle connaît ce lieu et sait exactement ce qu’elle cherche.
« Je ne vois ni la couleur, ni le modèle que je cherche. J’ai l’impression que le stock est épuisé du fait de l’hiver qui approche à grands pas » fait-elle savoir.
Nadia ne cherche ni manteau ni tenues amples pour se protéger du froid mais plutôt un legging. Selon elle, le rayon qu’elle visite ce soir était bien approvisionné la semaine d’avant. Mais faute de moyens, elle avait remis son achat à ce jour, une hésitation qu’elle paye cash.
« Je suis obligée d’aller chercher à Value Village. Je ne veux pas simplement acheter un collant mais je le veux à bon prix » a-t-elle martelé avant de jeter un dernier coup d’œil dans les autres rayons.
La jeune femme, mère de deux enfants, avoue qu’elle s’habille tout le temps en collant. Que ce soit pour se rendre au travail ou faire des courses, elle ne se sent à l’aise que dans ce vêtement, quelle que soit la saison.
« En hiver, je porte le collant thermique avec de la laine à l’intérieur, il est très pratique. Quand il fait trop froid, je peux porter un jean dessus mais mon collant ne me quitte jamais » avoue t-elle en souriant.
Au Canada depuis plus de 5 ans, cette camerounaise n’est pas la seule à faire du collant la star de sa garde robe. Dans ce pays où chaque seconde vaut de l’or, trouver un vêtement à enfiler sans tracas avant de prendre la route devient une priorité.
Les femmes ont donc fait du port du collant une norme dans une société où le respect des droits et des libertés est une exigence. Si en Afrique, ce vêtement peut heurter les mœurs car exposant des rondeurs, au Canada, c’est le contraire.
« On n’a pas le temps de s’attarder sur quoi que ce soit ici. Je ne remarque même pas si une femme a porté un collant ou non. C’est autre chose qui nous intéresse » a réagi Jean-Louis Kadio, ivoirien vivant à Ottawa.
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Une question de praticité et d’élégance
Convenance et adaptabilité. Au Canada, l’indépendance de la femme fascine tant sur le plan personnel que professionnel. Elle peut être cheffe d’entreprise, cheffe de famille biparentale ou monoparentale.
Trouver ses repères dans une société qui prône la responsabilité parentale requiert un choix judicieux de ses vêtements. Le legging fait donc gagner de précieuses minutes.
Melissa Aimée, ivoirienne vivant au Québec, dépeint mieux la situation.
« Les mamans n’ont pas le temps. En 20 secondes tu as enfilé ta chose. C’est impossible de courir dans un jean serré avec des enfants et mille choses à faire à la fois. Le collant permet d’être relaxe tout en facilitant la mobilité. Je porte le jean quand je veux vraiment faire la « chica » et quand j’ai un bon moment pour moi. Mon constat c’est plus les ados (filles) qui portent les jeans ici » a-t-elle indiqué.
Le collant n’a pas de secret pour les femmes au Canada et ce, malgré l’âge. Elles s’habillent pour être efficaces plutôt que paraître plus élégantes.
Sabo Haida Renée est une styliste burkinabé bien connue dans la ville de Québec. Sa boutique en ligne, Galbana séduction, est spécialisée dans la vente de vêtements pour femmes, grande taille, et aussi de collants.
« Depuis 2016, les femmes nous font confiance à cause de la qualité des produits. Le collant est l’un des vêtements les plus vendus de mes collections parce que ça nous protège du froid. C’est la principale raison » révèle la cheffe d’entreprise.
Récemment rentrée de Turquie, pays où elle s’approvisionne, la jeune dame a vu ses collants se vendre comme de petits pains en seulement quelques jours. La preuve que ce vêtement a la côte au pays de l’érable.
« Il y’a des collants qui affinent la silhouette de la femme et la mettent en valeur. Cela lui permet d’être élégante en plus d’être à l’aise. C’est un vêtement qui met la femme en valeur » assure t-elle.
En plus de procurer un sentiment de confort, le collant est le principal allié contre le froid. Mais il se porte à tout moment et même pendant l’été.

Le vêtement polyvalent par excellence
Le collant au Canada est si pratique qu’il s’adapte à tous les climats. Selon les stylistes, il faut trouver le bon collant et savoir ajuster les couleurs pour paraître tendance en temps de froid comme en temps de forte chaleur.
Aimée N’Guessan est une designer aguerrie de la mode et coach en développement personnel. Elle a créé son entreprise de mode dénommée Nathanaël Créations Inc, spécialisée dans le prêt-à-porter haut de gamme.
Pour elle, le collant peut sublimer quand on sait le porter.
« Tout dépend du modèle et de la façon de les porter. Un collant peut être très élégant, noir opaque, résille fine, semi-transparent ton sur ton…Tous ces modèles peuvent apporter une touche chic, moderne ou sophistiquée » explique l’entrepreneure avant de donner des conseils pratiques d’élégance en fonction du climat.
« En été, on doit normalement éviter ce vêtement, mais si une occasion l’exige, il faut privilégier les collants ultra-fins, « seconde peau » invisibles, choisir des modèles respirants et anti-transpiration. En automne, c’est la saison la plus « mode » pour le collant. On peut donc oser les couleurs automnales comme prune, marine, gris charbon sans oublier d’y associer des bottines, trenchs, pulls maille » précise t-elle.
Quand les températures chutent, le collant est encore présent. Aimée N’Guessan donne des astuces pour rester au chaud en toute élégance. Mais elle conseille surtout d’y ajouter d’autres accessoires.
« En hiver, il faut porter des collants opaques parfois doublés, polaires. Faire une superposition possible avec des chaussettes hautes ou un legging thermique sous une jupe. Prioriser les modèles en laine mérinos ou microfibre chaude. Un noir opaque, un anthracite ou un brun profond restent les plus élégants » a t-elle conclu.
Mais les femmes ne sont pas les seules à porter le collant pour des raisons pratiques. Les hommes le font aussi pour se tenir au chaud sous un pantalon.
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Le collant féminin, version améliorée de son homologue masculin.
Des hommes ont avoué rechercher particulièrement le collant féminin pour son isolation thermique. Ils le portent sous le jean en toute discrétion et à l’abri des regards.
C’est le cas d’un jeune camerounais qui a préféré garder l’anonymat. Au Canada depuis plus d’un an. Il avoue rechercher dans les rayons des supermarchés, le collant féminin plutôt que celui réservé aux hommes.
« Je le porte sous mon pantalon et personne ne le voit. Je pense que le collant féminin protège mieux contre le froid et je ne suis pas le seul à l’utiliser » avoue t-il en souriant.
Selon lui, ce vêtement a une qualité que celui proposé aux hommes ne possède pas. La doublure isolante est différente et permet donc de mieux affronter l’hiver.
« C’est un vêtement chaud. Parfois quand je dis à des amis que je préfère le collant féminin à celui des hommes, ils sont choqués et ne comprennent pas. Mais chacun a sa technique pour lutter contre le froid ici au Canada » a t-il ajouté.
Qu’on soit à 25, -10 ou -20 degrés celsius, le collant colle à la peau et entretient sa réputation d’hyper-isolant au Canada. Il ne s’agit ni de mode, ni de convenance, mais plutôt d’adaptabilité. Et cela, les femmes l’ont bien compris.
Linda Bouabré




