Comment mûrit l’idée de mettre en place la Fédération des associations ivoiriennes du Canada (FAIC) ?
Tout est parti d’un incident qui s’est produit à Ottawa en 2014 lors de la visite du Premier ministre ivoirien de l’époque, Daniel Kablan Duncan. Le président de l’association des Ivoiriens d’Ottawa avait été désigné par l’ambassadeur pour parler au nom de la diaspora ivoirienne.
Mais, un des présidents d’association venu de Montréal a estimé que celle d’Ottawa n’était pas suffisamment représentative des ivoiriens du Canada.
Il s’en est suivie une vive discussion. L’ambassadeur a alors demandé au plaignant de faire le discours au nom de la diaspora ivoirienne, pendant que le Premier ministre avait le premier discours en sa possession. À l’issue de cette rencontre, le Chef du gouvernement ivoirien a fait un don à la diaspora ivoirienne du Canada.
Il a été très difficile de trouver une clé de répartition de cette somme. L’ambassadeur a donc résolu de garder ce don jusqu’à ce que notre diaspora lui présente une structure représentative de toute la diaspora ivoirienne du Canada.
C’est ainsi qu’en 2016, les Président(e)s d’associations ont travaillé pour créer la fédération des associations ivoiriennes du Canada (FAIC) en 2017.
Comment fonctionne cette fédération aux côtés de ces associations déjà bien implantées ?
Les associations locales fonctionnent de façon autonome selon le choix de leurs dirigeants et de leurs activités. La fédération quant à elle, possède un bureau exécutif composé de Président(e)s d’associations et d’autres compatriotes.
Les grandes décisions concernant la communauté sont prises en assemblée générale composée des Président(e)s des différentes associations. Le Président de la FAIC est le porte-parole de la diaspora ivoirienne du Canada.
La FAIC représente la communauté ivoirienne devant les autorités canadiennes et ivoiriennes. Elle peut initier des activités ou des programmes qui s’étendent à l’ensemble des associations.
Quelles sont les activités régulières organisées par votre organisation ?
La Fédération organise des réunions du bureau exécutif et une assemblée générale annuelle. Elle se garde de ne pas faire les activités dévolues aux associations.
Nous avons organisé la première journée culturelle et économique de la Côte d’ivoire en 2018 à Montréal.
La FAIC a initié la journée des entrepreneurs ivoiriens du Canada (JEICA) qui est à sa 4e édition et qui est maintenant pilotée par le réseau des entrepreneurs ivoiriens du Canada (REICA).
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Pendant la covid 19 entre 2020 et 2021, la fédération a piloté le programme mon tuteur en ligne qui a permis avec une dizaine d’enseignant(e)s bénévoles d’encadrer plus de 300 élèves ivoiriens.
La FAIC a boosté le programme solidarité initié par Akwaba community en 2017, devenu depuis 2020 la solidarité ivoirienne du Canada (SICA).
Ce programme d’entraide communautaire ivoirienne en cas décès est passé de 279 membres en 2020 à plus de 4700 membres actifs en 2025.
La Fédération organise par moment des conférences ou ateliers sur des thèmes d’intérêt. La FAIC représente régulièrement la diaspora ivoirienne à des forums, festivals, ateliers et autres activités.
Notre organisation apporte son soutien à des compatriotes en difficultés par des conseils, références, orientations ou des intermédiations.
Nous apportons également du support à certains compatriotes pour des démarches administratives à notre ambassade au Canada.

Les Ivoiriens du Canada sont-ils au courant de votre existence ? Comment jugez-vous leur intérêt pour ces initiatives ?
Certaines activités ont suscité un grand intérêt des compatriotes. Cependant la mobilisation n’est pas encore à la hauteur du grand nombre que nous sommes au Canada.
Ce déficit est dû au fait que beaucoup de nos compatriotes ne font pas partie des associations existantes. Par ailleurs, plusieurs ivoiriens arrivant au Canada ne vont pas très souvent à l’information.
Plusieurs communautés établies sur le territoire canadien s’organisent mieux par rapport aux ressortissants ivoiriens. Comment expliquez-vous cela ?
Pour certaines communautés, c’est culturel. Elles ont compris tôt la force du nombre. L’immigration date de très longue date pour certaines de ces communautés par rapport aux ivoiriens dont l’immigration massive remonte aux années 2000.
Il faut aussi noter que les querelles politiques de 2010 ont négativement impacté la cohésion au niveau de la diaspora ivoirienne du Canada. Mais depuis la création de la fédération en 2017, elle a travaillé à rétablir la cohésion au sein de la diaspora ivoirienne du Canada.
Nos compatriotes commencent à s’organiser par petits groupes pour investir. La fédération salue cela et l’encourage vivement.
Que faites-vous en tant que plus importante association ivoirienne du Canada pour aider votre communauté ?
Nous travaillons à fédérer ces nombreuses associations ivoiriennes réparties sur le vaste territoire du Canada. Nous faisons la promotion de l’esprit d’appartenance nationale ivoirienne sans nous laisser influencer par aucun parti politique.
Chacun est libre de militer dans le parti de son choix, mais nous privilégions la cohésion au sein de la communauté ivoirienne du Canada. La fédération dispose d’un conseil juridique qui oriente et accompagne les compatriotes faisant face à des situations particulières.
Nous saluons la performance et l’efficacité de la solidarité ivoirienne du Canada (SICA) qui facilite la prise en charge des cas de décès au sein de la communauté.
Nous travaillons actuellement sur des projets d’intérêt économique qui vont conférer un pouvoir économique significatif à notre diaspora aussi bien au Canada qu’en Côte d’Ivoire.
Concernant notre jeunesse, des actions de sensibilisation et d’accompagnement pour une intégration réussie sont en cours de préparation.
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Comment comptez-vous impliquer davantage les immigrants ivoiriens dans vos activités ?
Nous travaillons à mieux faire connaître les associations existantes et à encourager la création de nouvelles associations dans des villes où il y a plus de concentration d’ivoiriens.
Par ailleurs, nous allons renforcer la collaboration avec les étudiant(e)s ivoirien(ne)s dans les universités et les cégeps ainsi que les regroupements communautaires ethniques existant au Canada.
Nous allons bientôt être plus présents dans la presse audiovisuelle, écrite et en ligne ainsi que sur les réseaux sociaux aussi bien au Canada qu’en Côte d’Ivoire pour faire connaître davantage nos associations et leurs activités.
La Fédération approchera certains cabinets de consultants en immigration agissant en Côte d’ivoire afin d’aviser leurs candidat(e)s de notre existence.
Quels sont vos objectifs à court et moyen termes pour faciliter l’intégration des ivoiriens au Canada ?
À court terme, campagne de sensibilisation et d’information de la diaspora ivoirienne du Canada sur les moyens et structures d’aide à l’intégration au Canada.
À moyen terme, présentation des projets structurants de la fédération pour une intégration socio-économique de la diaspora ivoirienne du Canada.
On a récemment vu un reportage qui faisait état d’une « mafia ivoirienne » dont le but est d’arnaquer les citoyens canadiens. Selon vous, vos ressortissants jouissent-ils d’une bonne réputation auprès des autorités canadiennes ?
En général, oui. En témoignent les responsabilités confiées à certain(e)s compatriotes dans des secteurs importants de l’administration canadienne et divers organismes.
Cependant, certains comportements répréhensibles d’une minorité de la diaspora ivoirienne citée dans la presse tendent à ternir cette réputation.
Les canadiens et canadiennes savent faire la part des choses. Nous travaillons à faire connaître davantage les valeurs et qualités de notre diaspora.
Propos recueillis par Eric Coulibaly




