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Canada : Investir ou rester? Le cœur de la diaspora ivoirienne face à l’appel du pays

C’est au cours d’un atelier tenu à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, le 10 novembre 2025 que l’Organisation internationale des migrants (OIM) a invité les Ivoiriens de la diaspora à investir dans leur pays. Ceux du Canada ont réagi à cette invitation. 

Cette initiative vise à renforcer l’engagement des ivoiriens de l’extérieur à investir dans leur pays. Selon « laurore », média local, ce projet a permis d’identifier les compétences des Ivoiriens de la diaspora en France et d’analyser les défis liés à leur implication dans les initiatives de développement. 

Pour faciliter leur retour au pays, l’Organisation internationale des migrants (OIM) et le ministère des Affaires étrangères de Côte d’Ivoire, représenté par la direction des Ivoiriens de l’extérieur, entendent « renforcer les capacités institutionnelles, faciliter les transferts de fonds et mettre en place une plateforme d’échange avec les Ivoiriens de l’extérieur ». 

« En 2024, les transferts de fonds de la diaspora ivoirienne ont atteint 1,09 milliard de dollars (Banque mondiale), soit une hausse de 147% par rapport à 2021 (440,194,175). Cependant, cela représente encore 1,3 % du PIB , contre 11,6 % au Sénégal en 2024 3 ou 11,3% au Nigeria en 2024 » a déclaré David Preux, chef de la mission de l’OIM en Côte d’Ivoire. 

Il s’agit donc de créer les conditions pour inciter la diaspora ivoirienne à investir dans le pays.

Entre le manque d’information et des mécanismes d’envoi de fonds encore difficiles, l’hésitation prend parfois le pas sur le retour au pays. 

C’est la raison pour laquelle le ministère des Affaires étrangères dit attendre de l’atelier, « des résultats concrets à travers l’élaboration d’un plan d’actions stratégique dont le but sera de donner une orientation claire à l’ensemble des parties prenantes réunies » pour les discussions. 

Cependant plusieurs facteurs freinent les investissements des Ivoiriens de l’étranger en Côte d’Ivoire. Ceux du Canada par exemple soulignent des cas graves d’abus de confiance.

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La corruption, un obstacle majeur à l’investissement de la diaspora

Depuis une dizaine d’années, la Côte d’Ivoire a accéléré les réformes du climat des affaires, notamment via la dématérialisation progressive des actes administratifs.

Ces mesures ont eu un impact direct sur la facilitation des affaires, en témoigne le nombre de créations d’entreprises : plus de 25 000 entreprises ont été créées en 2023 (contre 23 940 en 2022), soit une moyenne de 101 nouvelles sociétés par jour (contre seulement 13 par jour en 2013). 

Par ailleurs, l’attractivité du pays s’est renforcée, avec des investissements agréés par le CEPICI atteignant 1 000,15 milliards de Francs CFA en 2023 (dont 51% d’Investissements Directs Étrangers), un record qui confirme l’efficacité des solutions comme le rapatriement des capitaux.

Mais ces efforts demeurent insuffisants et les entrepreneurs de la diaspora font face à d’autres réalités.

Ils estiment ne pas être suffisamment soutenus lorsqu’ils font face à des cas de litiges. 

« Le vrai problème, c’est la mauvaise foi du partenaire en Afrique. Ensuite, lorsqu’on découvre les abus, le tribunal est corrompu, lent ou alors le dossier n’aboutit pas car les dépenses pour rentrer dans ses droits sont plus élevées que ce qu’on a investi » se confie Charlène M’Bra, ivoirienne résident au Canada.

Elle explique avoir été victime d’abus de confiance. 

« J’ai fait confiance à quelqu’un qui a utilisé mon argent pour acheter son terrain et celui qu’il dit m’avoir acheté se trouvait dans une zone interdite de construction. Il ne me rendait pas compte des dépenses effectuées jusqu’à ce que je comprenne que je donnais de l’argent à un escroc. Au tribunal du village, il a soudoyé l’équipe pour avoir raison » a t-elle révélé. 

Charlène a donc décidé de ne plus investir en Côte d’Ivoire ni même faire affaire avec une entreprise du pays. Elle a perdu plusieurs milliers de dollars en tentant chaque fois de créer de la richesse.

« En cas de litige, il faut payer pour que la plainte passe au tribunal. La-bas, il faut payer un avocat pour te défendre. Plus le dossier tarde, plus tu payes les émoluments de ce dernier. Pendant ce temps au ministère de la Construction, les documents disparaissent ou changent de propriétaire » ajoute-elle dépitée.

Africanadien- Des femmes africaines travaillant sur un projet (photo d’illustration)

Une administration lente, des mesures fiscales peu incitatives  

Au Canada, il existe plusieurs réseaux d’entrepreneurs. Ces derniers investissent soit directement dans le pays d’accueil ou cherchent le moyen d’investir chez eux. C’est le cas du Réseau des entrepreneurs ivoiriens du Canada (REICA). 

Il organise régulièrement des événements pour présenter des opportunités d’affaires en Côte d’Ivoire afin d’inviter la diaspora a davantage s’impliquer dans le développement du pays. 

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Germaine Kinaya, directrice exécutive de ce réseau, rappelle l’amour des Ivoiriens du Canada pour la mère patrie. 

« Nous comptons tous ou presque, rentrer chez nous après quelques années passées au Canada. Il nous sera impossible de retourner sur le marché du travail à ce moment-là, et nous ne sommes pas certains de pouvoir compter à 100% sur nos économies pour mener une vie décente. Même devenus canadiens nos cœurs battent toujours pour la Côte d’Ivoire » assure t-elle avant de reconnaître que le désir d’investir se heurte parfois à des difficultés structurelles.

Elles sont d’ordre administratif et fiscal.

« Il y’a une série de documents à fournir selon le secteur d’activité. La procédure d’obtention semble longue pour certains entrepreneurs, qui finissent par abandonner. Les impôts sont aussi élevés et les banques ivoiriennes prêtent difficilement aux Ivoiriens de la diaspora. Idem pour les banques canadiennes qui refusent de financer des projets réalisés en dehors de leur territoire » fait savoir la cheffe d’entreprise.

Forte d’une population estimée à plus de 2 millions d’individus, la diaspora ivoirienne constitue une force économique mondiale.

Ces expatriés, qui résident majoritairement en Europe (environ 65%) et en Amérique du Nord, maintiennent un lien financier crucial avec leur terre d’origine. 

Désireux d’investir leur épargne, dont les transferts de fonds représentaient plus de 2 milliards de dollars US en 2022, ils se heurtent à la question : à quel prix et avec quelles garanties de sécurité leurs capitaux seront-ils accueillis ?

Eric Coulibaly 

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