Dans une ville anglophone comme Toronto, comment les Ivoiriens arrivent-ils à s’y installer et vivre ?
Bien que Toronto soit une métropole majoritairement anglophone, les Ivoiriens parviennent à s’y installer grâce à une forte capacité d’adaptation et à un sens affirmé de la solidarité communautaire.
Les nouveaux arrivants s’appuient sur les réseaux déjà existants, notamment celui de l’ACIRT (Association de la communauté ivoirienne de la région du Grand Toronto), qui joue un rôle d’orientation, de soutien et de lien social. Cette dynamique collective facilite leur intégration et leur permet de s’épanouir pleinement dans leur environnement d’accueil.
La langue peut être un défi au départ, mais nous sommes un peuple résilient. On apprend, on s’entraide, on s’organise. Beaucoup rejoignent l’ACIRT dès leur arrivée, ce qui leur donne un premier ancrage, des repères, et une famille dans une ville immense. C’est ce réseau qui facilite leur installation.
Vous avez une association de plusieurs centaines de membres. Quel est le but de ce projet ?
L’ACIRT a pour mission principale de rassembler, représenter et valoriser la communauté ivoirienne de la région du Grand Toronto.
Elle vise à renforcer la cohésion entre les membres, à préserver notre patrimoine culturel, et à promouvoir la participation active de la communauté à la vie sociale, économique et culturelle du Canada. Être un foyer culturel, un espace de solidarité, un lieu où nos familles se sentent vues.
Mais au-delà de l’aspect communautaire, c’est aussi un projet de représentation. Montrer la richesse, le talent et le dynamisme des Ivoiriens au sein du multiculturalisme canadien.
On agit également comme un espace de dialogue, de soutien mutuel et de représentation institutionnelle.
Comment l’ACIRT contribue-t-elle à l’intégration des nouveaux arrivants sur le sol canadien ?
L’intégration des nouveaux arrivants constitue une priorité stratégique pour notre association.
Nous offrons un accompagnement à travers l’accueil communautaire qui fournit repères, écoute et premiers conseils pratiques. L’accompagnement à l’installation, notamment par des activités d’information, d’inclusion sociale et de soutien au développement personnel.
La collaboration étroite avec les organismes d’établissement tels que les centres communautaires, les agences d’aide à l’emploi et les services francophones et anglophones de soutien à l’immigration.
Ces partenariats institutionnels permettent d’orienter efficacement nos membres vers les services spécialisés et de faire valoir les besoins spécifiques de notre communauté.
Nous servons un peu de boussole dans la transition.
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Comment avez-vous mobilisé vos compatriotes lors du Canada Soccer Shield 2025 ?
La mobilisation lors de l’arrivée des Éléphants à Toronto s’est appuyée sur un travail concerté entre l’ACIRT, les leaders communautaires, les associations sœurs et l’ensemble des familles ivoiriennes.
Les Éléphants, c’est plus qu’une équipe de football, c’est un symbole d’unité nationale. Quand l’équipe arrive à Toronto, ce n’est pas simplement un match, c’est la Côte d’Ivoire qui foule le sol canadien
Nous avons mis en avant l’esprit patriotique, l’attachement aux symboles nationaux et la volonté de représenter dignement la Côte d’Ivoire sur la scène canadienne.
Cette coordination rigoureuse a permis de fédérer nos compatriotes et de créer une présence ivoirienne remarquable lors de cet événement sportif d’envergure.
Nous avons mobilisé les leaders communautaires, les associations partenaires, les jeunes, les artistes, les familles. Surtout, nous avons utilisé ce que nous maîtrisons le mieux, la fierté ivoirienne et la capacité de nous rassembler autour de nos valeurs communes.
Le résultat, c’est un stade coloré, bruyant, vivant… à l’image de notre nation.

On entend souvent dire que les Ivoiriens « disparaissent » une fois au Canada. Avez-vous encore un lien avec la Côte d’Ivoire ?
Il est inexact de parler de disparition. Les Ivoiriens établis au Canada demeurent très attachés à leur pays d’origine, malgré les exigences de la vie quotidienne et le rythme propre aux sociétés occidentales. On ne disparaît pas, on s’adapte.
Vivre au Canada ne nous éloigne pas de la Côte d’Ivoire. ça nous donne simplement une autre perspective. En ce qui me concerne, je maintiens un lien constant avec la Côte d’Ivoire à travers mes engagements culturels, communautaires et personnels.
L’enracinement dans un nouveau pays ne signifie jamais l’abandon de ses origines. J’entretiens un lien profond avec mon pays par la culture, la famille, les projets communautaires et initiatives que nous lançons depuis Toronto.
La distance géographique ne coupe jamais les racines.
Vos membres ont-ils des projets d’investissement en Côte d’Ivoire ? Si oui, comment s’organisent-ils ?
Oui, de plus en plus. Un nombre croissant de membres manifeste un intérêt pour l’investissement en Côte d’Ivoire, que ce soit dans l’immobilier, l’agro-industrie, le tourisme ou les services.
L’ACIRT encourage ces initiatives en facilitant la mise en réseau, en organisant des rencontres d’information et en partageant des ressources fiables.
Pour ceux qui n’ont pas encore franchi le pas, les obstacles relèvent principalement du manque d’informations ou de la crainte de procédures complexes. Notre rôle est d’accompagner et de rassurer.
Créer des groupes thématiques (immobilier, agro-business, culture, tourisme). Ceux qui n’investissent pas encore, c’est souvent par manque d’informations fiables ou de confiance.
Notre rôle, c’est de réduire cette distance.
La plupart des associations ivoiriennes s’organisent autour de la solidarité entre membres. Est-ce aussi le cas à l’ACIRT ?
À l’ACIRT, la solidarité est notre colonne vertébrale. Quand un membre traverse une difficulté, il sait qu’il ne sera jamais seul.
Nous nous organisons autour de l’entraide, soutien aux familles, accompagnement lors des situations difficiles (par exemple le programme Solidarité de SICA) visites, collectes, soutien moral et logistique. La solidarité, chez nous, ce n’est pas un slogan, c’est une responsabilité partagée.
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On dit parfois que l’immigration arrache les enfants à leur mère patrie. Comment travaillez-vous pour que les enfants n’oublient pas leurs origines ?
Il est essentiel que nos enfants, tout en étant pleinement intégrés au Canada, puissent conserver un lien fort avec leurs origines.
Pour ce faire, l’ACIRT organise des activités culturelles, des ateliers artistiques, des journées communautaires, ainsi que des initiatives intergénérationnelles.
Ces efforts visent à transmettre la langue, les valeurs, les traditions et l’histoire de la Côte d’Ivoire, afin que chaque enfant grandisse avec une identité riche et équilibrée.
Quelle est votre vision pour l’ACIRT et pour les autres communautés ivoiriennes au Canada ?
Notre vision est celle d’une communauté unie, structurée et visible.
Je souhaite que l’ACIRT s’affirme comme une institution solide, porteuse d’initiatives d’envergure, capable de représenter nos intérêts auprès des partenaires publics et communautaires, une force culturelle, un partenaire reconnu dans le multiculturalisme canadien, une voix pour nos familles, un pont entre les générations.
Et au-delà de Toronto, je souhaite une fédération ivoirienne forte, où Québec, Ottawa, Calgary, Edmonton, Winnipeg, Vancouver et Toronto avancent ensemble. Nous sommes plus forts lorsque nous nous regardons comme une même famille.
Notre avenir se construit dans l’unité, la visibilité et l’ambition collective.
Propos recueillis par Eric Coulibaly




