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Immigration Canada: les francophones en première ligne pendant la grève à La Cité

De nombreux immigrants francophones, qu'ils soient étudiants aux prises avec des retards dans le versement du RAFEO ou membres du personnel de soutien et du dispositif sécuritaire, ont activement participé à la grève de La Cité collégiale à Ottawa du 11 septembre au 13 octobre 2025.

Il est 6h30 ce lundi, lorsque Thierry Tchakam s’installe dans le petit SUV garé juste avant la ligne de piquetage. Après une inspection routinière du véhicule, il s’apprête à voir arriver les premiers grévistes peu avant 7h. Membre du service de sécurité de La Cité collégiale, son travail consiste à s’assurer que les grévistes, interdits de fouler le périmètre du collège, respectent ces consignes.. 

« Je dois m’assurer qu’ils ne passent pas la ligne de piquetage. Mon rôle est donc d’observer et de signaler tout ce qui irait à l’encontre des règles établies » fait-il savoir. 

Stationné côté Bathgate, l’une des entrées les plus achalandées du collège, Thierry doit aussi veiller à la sécurité des grévistes qui bloquent les véhicules pendant quelques secondes avant de les laisser passer. Ils ont le droit, selon l’accord de grève conclu avec le collège, de retarder les automobilistes à l’entrée sans toutefois bloquer la circulation. Des chauffeurs impatients, refusent parfois de se prêter au jeu.

« Il faut être vigilant et alerte car à cette entrée, tout peut arriver. Je n’ai aucun répit. Des automobilistes ont déjà renversé des grévistes par ici. La moindre erreur  d’inattention pourrait s’avérer fatale » révèle l’agent de sécurité calepin et stylo en main, prêt à noter tout ce qui semble inhabituel.

Originaire du Cameroun, Thierry est arrivé au Canada en novembre 2024. Après plusieurs mois à la recherche d’un emploi stable, il a finalement passé sa licence de sécurité avant de décrocher un poste à Ottawa. Mais c’est la grève au collège La Cité qui lui a permis d’obtenir un vrai contrat dans la sécurité. 

« J’étais à l’école lorsque l’entreprise m’a contacté me demandant de fournir toute la documentation nécessaire à mon embauche. Une opportunité que j’attendais depuis des mois » confie t-il l’air satisfait d’avoir fait un pas important dans son intégration au Canada. 

Tout comme lui, Bobette Ndjiramgani d’origine burundaise, est elle aussi stationnée à l’autre bout du collège, à l’entrée Aviation. Elle a reçu les mêmes consignes de poste. Signaler à la radio toute urgence et la consigner dans un document au fins d’enquête approfondie plus tard. 

« Les piqueteurs sont plus nombreux ici qu’ailleurs. C’est l’entrée la plus importante du collège. Ma responsabilité est donc importante » reconnaît-elle. 

Au Canada depuis plus d’un an, Bobette tient là son premier emploi stable au Canada. Elle a été recrutée par la compagnie chargée de la sécurité au collège. Depuis, elle fait un shift de 11h par jour. Une véritable opportunité surtout quand l’heure est facturée à 21 CAD. 

« C’est épuisant parce que tous mes sens sont en éveil. Mais c’est un bon départ ici au Canada. Je peux gérer mon quotidien et faire des économies avant de me concentrer sur mes objectifs » assure la jeune femme. 

L’équipe de sécurité mise en place pour la grève au collège La Cité en réponse à la grève déclenchée par le personnel de soutien, est en majorité composée d’immigrants francophones. Ces derniers sont pour la plupart à leur premier emploi. Ils profitent d’une situation qui a pourtant donné des sueurs froides à d’autres immigrants. 

Aide financière retardée 

Le retour aux études. C’est le mot d’ordre pour réussir son intégration au Canada surtout lorsqu’on arrive dans le pays en tant que résident permanent. Réticents au départ, beaucoup d’immigrants francophones l’ont finalement compris. Ils ont pris d’assaut collèges et universités de l’Ontario. 

Ils ont fait le choix de retourner à l’école, malgré l’âge avancé de bien d’entre eux, avec le soutien du gouvernement de l’Ontario. Celui-ci octroie depuis plusieurs années une bourse aux Canadiens et résidents permanents afin de les encourager à poursuivre leurs études sur son territoire. Cette aide permet non seulement à l’étudiant de payer ses études mais aussi de vivre décemment pendant la période scolaire. 

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Pourtant cette année, même quelques jours après la rentrée, des immigrants francophones inscrits dans des programmes au collège La Cité, ont eu du mal à bénéficier du Régime d’aide financière aux étudiants de l’Ontario (RAFEO). Ce fut le cas de Donald Diby. Immigrant ivoirien au Canada depuis avril dernier, il s’est vite inscrit au programme d’une année en techniques de construction. Quelques semaines plus tard, il avait soumis ses documents pour l’aide financière. Mais toujours rien quelques jours après la rentrée des classes.

« J’étais inquiet. Plusieurs jours s’étaient écoulés après la rentrée sans aucune nouvelle de l’aide financière. Je me suis donc rendu au bureau des admissions pour comprendre ce qu’il se passait » confie t-il. 

C’est une fois sur place que le jeune homme se rend compte qu’il est une victime collatérale de la grève du personnel de soutien du collège. 

« On m’a dit qu’il y avait un retard dans le suivi de mon dossier auprès de Revenu Canada. Et que c’est le personnel de soutien qui devrait s’en charger » a-t-il expliqué. 

Finalement, Donald s’en sort bien après quelques semaines d’inquiétude. Mais ce n’est pas le cas de Carelle Toukoum. Cette immigrante d’origine camerounaise, s’est vue infliger une amende de 150 CAD pour retard dans le paiement des frais de sa scolarité. Ce qu’elle conteste avec véhémence. 

« Je demande des explications sur cette amende que je trouve injustifiée. J’ai fourni tous les documents requis. Ce n’est pas ma faute si une partie du personnel est en grève. Non seulement le RAFEO tarde mais en plus, je dois payer 150 CAD de ma poche. Je refuse ! « a-t-elle réagi, dépitée par sa situation. 

Selon les informations, les prémices de la grève étaient visibles ces dernières années. Le collège essaie de maintenir un fonctionnement normal de ses activités. Au collège La Cité, les cours se poursuivent mais l’impact de la grève est réel. Des immigrants francophones, membres du syndicat du personnel de soutien, tiennent aussi à marquer leur présence sur la ligne de piquetage. Ils sont décidés à aller jusqu’au bout. 

Africanadien- Personnel de soutien de La Cité collégiale en grève

Une grève pour sauver des emplois 

Jeudi 26 octobre 2025. Le personnel de soutien est de retour dans les bureaux de La Cité collégiale après un peu plus d’un mois de grève. Il a finalement obtenu un accord avec les employeurs des collèges de l’Ontario. Les piquets de grève à La Cité collégiale ont été abandonnés en attendant la suite des négociations. 

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Arsène, membre du personnel de soutien et employé à temps partiel, est heureux d’avoir participé à ce dénouement même si toutes les revendications n’ont pas encore été satisfaites. 

« La grève concerne tout le personnel de soutien peu importe ses origines. Nous avons lutté pour un même but pendant des jours et parfois dans le froid » a-t-il réagi. 

Membre syndiqué du personnel de soutien à La Cité, Arsène n’a manqué aucun jour pour marquer son soutien à ses camarades. Que ce soit à l’entrée Aviation ou Bathgate, il a battu le pavé afin de lever les menaces qui pèsent sur son emploi dans un contexte difficile.

« Étudier et trouver un emploi en français en Ontario n’est pas chose facile. Il faut donc se battre pour conserver ce qu’on a. Travailler à La Cité collégiale est donc une opportunité à ne pas perdre » reconnaît le jeune homme. 

Tout comme lui, plusieurs autres nationalités d’Afrique francophone ont pris part à la grève. Selon le syndicat, « près de 10 000 emplois ont été supprimés en un an ». Les immigrants francophones, membres du personnel de soutien dans les collèges de l’Ontario, sont pourtant fiers de participer à la performance du système éducatif ontarien.

Selon Graham Lloyd, directeur général du Conseil des employeurs des collèges (CEC), « Le personnel de soutien joue un rôle essentiel dans nos collèges, en appuyant les opérations et en contribuant à la réussite des étudiantes et étudiants ». 

Linda Bouabré

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