La reconnaissance des diplômes, l’exigence d’expérience canadienne et l’adaptation à une nouvelle culture professionnelle.
Voici les défis auxquels sont confrontés la plupart des nouveaux arrivants au Canada.
Une situation qui les amène à faire des choix parfois difficiles afin de réussir leur intégration.
Pour beaucoup, changer de carrière est plus réaliste. Une transition professionnelle de plus en plus fréquente.
Changer de carrière après l’immigration est souvent le cas.
De nombreux professionnels qualifiés le vivent.
Des ingénieurs deviennent analystes de données ou gestionnaires de projets. D’anciens enseignants se tournent vers l’éducation de la petite enfance.
D’anciens juristes vont en gestion, en consultation ou en administration publique.
Ces transitions peuvent surprendre, mais elles reflètent souvent une capacité d’adaptation remarquable.
« Ce que je fais aujourd’hui n’a rien à voir avec ce que je faisais au Cameroun » révèle Rodrigue Elong, immigrant camerounais vivant à Gatineau.
Le jeune homme a choisi un programme en soutien informatique bien loin de sa formation en ressources humaines acquise au Cameroun.
« J’ai fait une année et quelques mois de stage. C’était difficile, je l’avoue mais ma détermination était grande. Aujourd’hui, j’ai un bon emploi » assure t-il.
Rodrigue dit avoir fait le choix de la raison.
« Je n’ai pas douté un seul instant. Des amis m’ont dit que c’était un bon programme eu égard à la demande. Et ils n’avaient pas tort » a-t-il ajouté.
Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les immigrants connaissent fréquemment une forte mobilité professionnelle dans les premières années suivant leur arrivée dans un nouveau pays.
Cette mobilité peut entraîner des changements de secteur ou de profession.
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Transformer ses compétences plutôt que les abandonner
Changer de carrière ne signifie pas forcément renoncer à son expérience passée.
De nombreuses compétences sont transférables d’un domaine à l’autre.
Par exemple, un ingénieur excelle en analyse et en résolution de problèmes, un avocat en communication, en recherche et en argumentation, un enseignant en organisation et en gestion de groupe.
Ces compétences, dites transférables, valorisent le profil dans d’autres secteurs.
C’est ainsi que certains immigrants réussissent à reconstruire leur parcours en misant sur leurs acquis et en développant de nouvelles compétences adaptées au marché canadien.
« J’ai retrouvé une partie de ce que je faisais au Sénégal dans mon travail ici » assure Mohamed Fall.
Ingénieur de formation dans les travaux publics au Sénégal, il a été confronté à la régularisation au niveau de l’Ordre en Ontario.
Fall s’est donc tourné vers la construction. Il réussit à valoriser certaines de ses compétences.
« À la base, ce sont deux domaines différents. Mais quand il s’agit de faire de gros œuvres avant le démarrage des chantiers, je mets mes compétences en valeur. Mes supérieurs apprécient. J’ai même été nommé chef d’équipe » révèle t-il.
Le marché du travail canadien évolue et certains secteurs accueillent bien la reconversion professionnelle.
Les domaines liés aux technologies, à la gestion de la chaîne d’approvisionnement, à la construction, la santé ou encore les services sociaux connaissent régulièrement une forte demande de main-d’œuvre.
Dans ces secteurs, les employeurs recherchent souvent des personnes capables d’apprendre rapidement et de s’adapter à de nouveaux environnements.
Les immigrants, enrichis par leur expérience de la navigation entre différentes cultures et par la réussite face à de grands défis, illustrent parfaitement ces qualités précieuses.
Selon Employment and Social Development Canada, plusieurs industries canadiennes font face à des pénuries de travailleurs qualifiés, ce qui crée des opportunités pour les nouveaux arrivants souhaitant se repositionner professionnellement.
Cependant, il faut du courage pour accepter de redescendre d’un cran et parfois repartir de zéro.

Une décision souvent difficile mais stratégique
Changer de carrière n’est jamais simple.
Pour beaucoup d’immigrants, cela signifie mettre de côté une profession exercée depuis plusieurs années et qui a demandé beaucoup d’efforts.
Cette transition peut être difficile et donner l’impression de repartir à zéro ou de perdre une partie de son identité professionnelle.
Avec le temps, beaucoup découvrent que cette réorientation ouvre aussi de nouvelles perspectives.
Certains trouvent des secteurs plus dynamiques, d’autres explorent des domaines plus adaptés à leurs intérêts ou à leur style de vie.
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Arnaud Dossou vit au nouveau Brunswick. Enseignant de formation, il a, dès son arrivée au Canada, décidé de changer de carrière.
Arnaud a passé son permis poids lourd avant de décrocher un boulot dans une entreprise de dépannage.
Aujourd’hui, il a créé sa propre entreprise. Il n’aurait pas rêvé mieux.
« En hiver, je peux souvent me faire 3000 dollars en une seule semaine parce que les accidents sont fréquents. Je gagne très bien ma vie avec ce métier. Je prévois même d’acheter un autre camion de dépannage » confie-t-il.
Dans certains cas, comme celui d’Arnaud, la transition professionnelle devient le point de départ d’une carrière encore plus enrichissante, valorisante et remplie de succès que celle qu’ils avaient auparavant.
Une nouvelle façon de construire sa carrière.
Au Canada, avec le temps, beaucoup d’immigrants voient leur parcours autrement.
Leur carrière n’est plus linéaire, mais devient une succession d’adaptations et d’apprentissages.
Cette capacité à se réinventer est souvent l’une des principales forces des personnes qui immigrent.
Elle exige du courage, de la patience et une grande confiance en l’avenir.
Lisa Avina et Eric Coulibaly





