Au plus bas des sondages depuis plusieurs mois, le Premier ministre du Québec, François Legault, a finalement jeté l’éponge.
Selon les médias locaux, l’homme aurait profité de la période des fêtes pour prendre l’avis de ses proches et de sa famille politique. Résultat, « il lui faut passer le flambeau à la nouvelle génération ».
Bien que certains analystes y voient une stratégie pour maintenir la cohésion interne de la CAQ (Coalition avenir Québec), sa famille politique, la démission de François Legault apparaît intrinsèquement liée aux tensions provoquées par sa gestion de l’immigration.
Ses décisions font l’objet de vifs débats particulièrement en 2024 et 2025.
Son approche, centrée sur la protection de la langue française et la capacité d’accueil des services publics, a suscité des critiques provenant autant des milieux économiques que des groupes de défense des immigrants.
« La démission de Legault peut être vue comme une bonne nouvelle pour l’immigration dans le sens où ses discours n’étaient pas en faveur de cette politique. Il y’avait beaucoup de points négatifs sur l’immigration au Québec en général. C’est vrai que la politique en matière d’immigration relève du Fédéral mais le provincial a aussi sa part de responsabilité » a réagi Abel Pli, politologue, président d’honneur de la Fédération des associations ivoiriennes du Canada (FAIC).
En novembre 2025, le gouvernement a annoncé la fin du PEQ (Programme de l’expérience québécoise), qui était une voie rapide et prévisible vers la résidence permanente pour les étudiants étrangers diplômés au Québec et les travailleurs temporaires.
Cette décision a brisé les projets de vie de milliers de personnes déjà installées, qui parlaient souvent déjà français.
La communauté africaine francophone du Québec a été particulièrement touchée par cette décision.
Plusieurs de ses membres qui avaient fait le choix de s’installer en demandant la résidence permanente selon le processus en vigueur, se sont retrouvés piégés.
Le départ forcé des ressortissants africains de la province
Dans les forums et groupes de discussions sur les plateformes sociales, beaucoup d’immigrants continuent d’explorer de nouvelles pistes.
Tandis que certains tentent de rejoindre l’Ontario, d’autres scrutent les opportunités dans les provinces de l’Atlantique.
En plus, l’absence de « clause de droits acquis » (grand-père) pour ceux déjà en processus a provoqué des manifestations et un sentiment d’injustice.
« Le départ de François Legault survient à un moment charnière pour le Québec. À l’aube d’une élection, il invite à une réflexion plus large sur la direction que nous voulons collectivement emprunter » analyse Thierno Souleymane Diallo, président de la Fédération africaine et associations du Canada (FAAC)
Selon lui, le départ de Legault, à la tête du gouvernement du Québec depuis 2018, ouvre une nouvelle ère politique en matière d’immigration.
« Ce moment appelle un renouvellement du discours politique. Le Québec a besoin d’un leadership rassembleur, capable de dépasser les peurs, de nommer les défis sans désigner de boucs émissaires et de proposer une vision tournée vers l’avenir » est sans ambage le président de la FAAC.

Il invite par ailleurs les dirigeants québécois à percevoir l’immigration comme une solution et non comme un problème au développement du Canada.
« L’immigration ne doit plus être présentée comme un problème. C’est une richesse et une nécessité. Elle contribue à la vitalité économique, à l’équilibre démographique et à la diversité culturelle de notre société » insiste le président de la FAAC.
Outre la suspension du PEQ, le gouvernement a aussi abaissé sa cible à 45 000 nouveaux résidents permanents pour 2026, contre environ 61 000 en 2025.
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Le milieu des affaires (manufacturiers, exportateurs, chambres de commerce) dénonce cette réduction en pleine pénurie de main-d’œuvre.
Ils craignent que cela freine la croissance économique de la province. Et sur le terrain, les effets s’en ressentent déjà.
Par ailleurs, en août 2024, Québec a imposé un gel de six mois sur le recrutement de nouveaux travailleurs étrangers temporaires pour les bas salaires sur l’île de Montréal.
Les PME montréalaises ont critiqué une mesure jugée « aveugle » qui complique le renouvellement des permis pour des employés déjà intégrés et essentiels au fonctionnement de nombreux commerces et services.
Autant de décisions qui ont contribué à la baisse de popularité de celui qui a dirigé le Québec pendant deux mandats. La communauté africaine du Canada invite désormais à une réflexion profonde afin d’éviter de commettre les mêmes erreurs.
« Miser sur l’inclusion, la reconnaissance des talents et la cohésion sociale est une condition de succès pour le Québec de demain. François Legault laisse l’image d’un homme politique qui a gouverné avec pragmatisme et conviction, et dont le passage marquera la vie politique québécoise » a conclu Thierno Souleymane Diallo, président de la FAAC.
La course à la succession de Legault est lancée au Québec. Un nouveau Premier ministre est attendu d’ici l’été prochain. La diaspora africaine espère des changements dans la politique d’immigration au cours de l’année 2026.
Carine Kouadio




