Une bouteille de vin devant un bon film. C’est ainsi que Gisèle Mutombo, Congolaise vivant à Ottawa a passé son dernier réveillon de la St Sylvestre. Arrivée au Canada en 2023, la jeune femme encore célibataire, assure ne pas avoir d’amis pour faire la fête.
« Ici au Canada, il est parfois difficile d’avoir des amies avec qui sortir et s’amuser. Celles que je connais sont tout le temps occupées. Alors quand les fêtes arrivent, chacune a son programme » révèle t-elle.
Gisèle redoute que l’histoire ne se répète. Si elle a déjà organisé son réveillon de Noël dans une famille à Québec, la Saint-Sylvestre l’inquiète davantage.
La préposée aux bénéficiaires craint en effet de revivre la même solitude que l’an dernier pour le Nouvel An.
« On m’a proposé quelques films et séries que je n’ai pas encore regardés. Je le ferai peut-être au cours de la soirée du 31 décembre à moins que je reçoive une invitation » se confie t-elle.
Pourtant à Kinshasa, dès la mi-décembre, les enceintes géantes sont sorties sur les trottoirs. La musique résonne du matin au soir dans tous les quartiers.
Le jour de Noël, après la messe, les rues se transforment en podiums. Les enfants, fiers dans leurs habits neufs, se promènent pour rendre visite aux oncles et tantes, recevant souvent des petites pièces d’argent.
Le 31 c’est le paroxysme. La ville ne dort pas. On appelle cela « l’ambiance totale ». Même si les temps sont durs économiquement, le Kinois met un point d’honneur à célébrer avec éclat. Et Gisèle entend encore la « Rumba » parcourir son esprit dans le froid canadien.
« Même quand tu joues de la musique ici, il faut baisser le volume. Si tu danses trop, tu vas déranger les voisins surtout si tu vis dans un immeuble. Voilà pourquoi je regarde calmement des films » fait-elle savoir.
Pour cette immigrante, le quotidien au Canada est marqué par l’absence des siens, une réalité partagée par une large partie de la diaspora africaine qui s’apprête à vivre des fêtes solitaires.
Si cet isolement est devenu la norme pour plusieurs depuis leur installation, certains parviennent à s’intégrer à des réseaux sociaux actifs. Ces derniers se sont familiarisés avec la vie locale, fréquentant désormais les adresses branchées de la capitale fédérale.

L’autre côté des soirées canadiennes
Judicaël NGassa est un Camerounais d’origine installé au Canada depuis plus de 5 ans. Il assure connaître les meilleurs endroits de la ville d’Ottawa. Il s’est trouvé un groupe d’amis avec qui il écume parfois quelques clubs.
« Je sais que beaucoup de personnes ici à Ottawa ne savent pas que ces endroits existent. Mais je puis vous assurer qu’il y’a des clubs dans lesquels on ne joue que la musique africaine » a t-il révélé.
Cet informaticien de 35 ans, a encore prévu de se rendre dans un de ses endroits préférés le 31 décembre prochain. Il assure avoir l’accord de sa femme avec qui il a immigré depuis quelques années.
« Elle sait que je ne fais rien de mal. C’est elle même qui refuse de m’accompagner à cause des enfants. On passe donc le réveillon de Noël ensemble et après, je suis avec mes amis » assure t-il.
Les communautés africaines du Canada se regroupent souvent entre amis, voisins ou membres de la même diaspora. Ces cercles deviennent une « famille de substitution ». Ce que Judicaël a trouvé en ses nouveaux compagnons.
« Au pays, je m’étais habitué ces dernières années, avant mon immigration, à passer le réveillon dans un lieu de culte. Mais ici, c’est différent. Je n’ai pu trouver une communauté dans laquelle je me sentirais mieux. Je fais donc la fête avec mes amis » a t-il ajouté.
Pour le réveillon du 31 décembre en Afrique, les églises de réveil et les paroisses catholiques sont bondées.
Des milliers de personnes passent les dernières heures de l’année en prière pour « traverser » vers la nouvelle année en sécurité.
À minuit pile, un vacarme immense s’élève sur la ville. Entre les cloches des églises, les cris de joie, les sifflets et parfois des pétards,les capitales africaines explosent de gratitude.
Au Canada, c’est la famille avant tout
Contrairement à l’Afrique où la fête déborde souvent dans les rues et les quartiers, au Canada, les célébrations sont plus feutrées et intérieures.
Beaucoup adoptent les classiques canadiens, décoration du sapin, patinage, ou visite des marchés de Noël, trouvant dans la neige une forme de poésie qu’ils n’avaient vue qu’à la télévision.
A l’approche de Noël, tout le monde obéit à la tradition. Le réveillon se passe en famille, en toute intimité. On invite parfois des amis proches, sans plus. Antoine Ebollo l’a bien compris. Il a prévu de passer les deux dates festives en famille, pas question de changer.
« J’ai pris cette habitude depuis la France et je la perpétue ici. Depuis trois ans que je suis là, je passe le 24 et le 31 décembre en famille. L’année passée, j’ai pu faire venir ma mère et c’était bien » assure t-il.

Pour ce cinquantenaire installé à Ottawa, le modèle festif canadien est le meilleur. La fête est privée. C’est un moment de repli chaleureux contre la rigueur de l’hiver dans un environnement sécuritaire et apaisant.
« Je n’ai jamais aimé le fait qu’on sorte s’amuser toute la nuit pour ne rentrer que le lendemain. On s’expose à beaucoup de choses. C’était le cas chez moi au Cameroun et ici, ça pourrait être pareil. Donc c’est mieux d’être en famille » est-il convaincu.
Abidjan, n’est pas Québec City, Douala n’est pas Ottawa. Le contraste est frappant et pourrait même perturber l’équilibre des nouveaux arrivants sur leur terre d’accueil.
C’est la raison pour laquelle des initiatives au sein des communautés foisonnent à l’approche des fêtes. Mais aucune n’est comparable à la chaleur des rues des capitales africaines.
Si l’Afrique offre l’effervescence et le partage communautaire, le Canada offre l’intimité et la féerie. Passer les fêtes en famille ici, c’est transformer le défi de l’hiver en une parenthèse enchantée qui soude les cœurs.
Carine Kouadio




