Selon vous, les Africains du Canada sont-ils des entrepreneurs ?
Oui, absolument! Les Africains du Canada sont pour la plupart des entrepreneurs, mais l’entrepreneuriat prend différentes formes dans notre rang.
On constate souvent une forte présence dans l’entrepreneuriat par nécessité (créer son emploi en l’absence d’opportunités salariales ou d’occupation de son temps) et l’entrepreneuriat communautaire (basé sur le service à la communauté).
Cependant, la vraie question est : quelle est leur visibilité et leur accès au capital pour passer de la survie à la croissance ? Mon livre vise justement à leur donner les outils pour transcender les frontières de l’auto-emploi vers la création de PME d’impact et durables.
Vous dites dans votre livre qu’il est difficile pour une femme d’entreprendre en Afrique. Les choses sont-elles en train d’évoluer aujourd’hui ?
Les choses évoluent mais les défis persistent. Évolution positive : on observe une augmentation des initiatives de soutien, de l’accès au financement par des microcrédits ou des fonds dédiés, et surtout une visibilité accrue des modèles féminins de réussite.
Les femmes africaines sont très créatives et représentent une force économique majeure. Défis persistants : Les barrières culturelles et structurelles sont encore présentes (l’accès à la propriété, la gestion des responsabilités familiales, la difficulté à obtenir des garanties bancaires sans l’aval d’un homme) et restent des obstacles significatifs dans de nombreux pays.
Mon livre encourage les femmes à créer les conditions de leur épanouissement et à s’affranchir de ces frontières, y compris l’adoption d’une mentalité globale de développement de soi et pour soi avant tout.
En tant que coach, écrivaine et entrepreneure, comment jugez-vous le milieu des affaires au Canada ?
Le milieu des affaires au Canada est à la fois stimulant et contrasté. Il y a une stabilité économique, un accès à des programmes de soutien (gouvernementaux, provinciaux, fédéraux, incubateurs) et une culture de la formalité et de la légalité qui rassure.
Mais je trouve aussi ce milieu trop cloisonné pour les immigrants et les minorités. Il est souvent difficile de pénétrer les réseaux établis sans un capital social initial.
De plus, il y a encore un manque de diversité dans les instances décisionnelles et l’accès au financement de risque pour les entrepreneurs issus de l’immigration, d’où l’importance de maîtriser les outils de réseautage et de légitimité que j’évoque.
En tant que femme immigrante, je vous dirai que c’est difficile de compter sur ses propres frères et sœurs de l’immigration. Le terrain nous montre une réalité sinistre qui n’encourage pas l’entrepreneuriat immigrant. Trop souvent j’ai entendu dire »Ici c’est pour les plus forts… » ou »Ici tu ne te fais pas parrainer, tu n’as rien... » Reste à savoir en quoi consiste ce parrainage en réalité.

Vous parlez des dangers auxquels les nouveaux entrepreneurs font face. Vous invitez à se méfier des « profiteurs » dans les différentes communautés. De qui s’agit-il ?
Les « profiteurs » désignent ceux et celles qui exploitent la vulnérabilité et le manque d’information des nouveaux arrivants ou des membres de leur propre communauté.
Il s’agit par exemple des faux « mentors » ou « coachs » qui promettent un succès rapide en échange de sommes importantes sans offrir de valeur réelle.
Des individus qui utilisent la confiance communautaire pour proposer des investissements non régulés ou frauduleux.
Des intermédiaires qui exigent des frais exorbitants pour des services administratifs (incorporation, plans d’affaires) qui sont en réalité accessibles ou gratuits ailleurs.
D’ailleurs en annexe de mon livre, toute personne peut cheminer librement dans la rédaction de son plan d’affaires avec un bonus sur les détails d’un plan de vie.
J’invite à la prudence, à la vérification des sources (Ordre professionnel, références), et à ne jamais faire affaire uniquement sur la base de la communauté d’origine. C’est une question de protection et de professionnalisme.
« Le monde entrepreneurial au Québec est bâti sur l’intérêt ». Que voulez-vous dire par là ?
Cela signifie que les relations d’affaires sont avant tout transactionnelles et basées sur l’apport mutuel de valeur.
Au Québec (et dans une large mesure au Canada), les programmes d’affaires sont conçus pour que les relations puissent se construire sur le lien social (RÉSEAUTAGE), personnel (APPRENTISSAGES) ou communautaire (BÉNÉVOLAT).
Mais en s’y frottant de près et je nuance bien, dans nos communautés immigrantes surtout, les partenariats se développent si vous avez une proposition de valeur claire à apporter en mettant à profit votre propre initiative pour leur intérêt ou si vous pouvez apporter une solution ou résoudre une situation donnée de l’autre partie (encore pour son intérêt).
C’est une structure d’apparence saine, mais les immigrants doivent comprendre qu’il faut aller au-delà de la simple amitié, de l’exploitation facile et des promesses infructueuses pour obtenir des contrats ou du soutien. La bonne attitude est de constamment démontrer compétence, fiabilité et impact financier potentiel.
Il y a des communautés qui ont réussi leur intégration entrepreneuriale ici au Canada. Mais vous dites être contre la ghettoïsation, pourquoi ?
Je ne suis pas contre le fait de s’entraider en communauté — c’est essentiel pour le soutien social initial ! Je suis contre la ghettoïsation, car elle impose des frontières limitant la croissance.
En limitant vos affaires et vos réseaux uniquement à votre communauté d’origine, vous vous privez de l’accès à l’ensemble du marché canadien (99 % du potentiel de croissance).
Aussi, vous vous coupez des sources de financement, d’expertise et de partenariats externes nécessaires pour structurer une PME solide et compétitive à long terme.
Mon message est clair : utilisez la communauté comme une base de lancement solide, mais visez l’intégration large et le marché global pour une réussite au-delà des frontières que cela peut imposer.

Est-il facile de trouver du financement pour lancer son entreprise au Canada ? Que préconisez-vous dans ce sens ?
Ce n’est pas facile, mais c’est possible. Et je défie les pseudos coachs qui proclament la facilité de financement, rien n’est facile. La difficulté réside souvent dans le manque de garanties collatérales et dans le manque de capital social chez les entrepreneurs immigrants, car les banques ont tendance à financer l’historique plutôt que le potentiel.
Je préconise trois choses. D’abord, le démarrage progressif. Il faut utiliser vos propres ressources au début pour prouver la validité de votre concept avant de chercher des investisseurs ou des banques.
Ensuite, les programmes spécifiques. Ciblez les programmes de financement dédiés aux femmes, aux minorités ou aux immigrants (comme futurpreneur, certains fonds BDC ou subventions provinciales).
Enfin, une documentation impeccable. Avoir un plan d’affaires rigoureux, des projections financières réalistes et montrer une maîtrise totale de votre marché. La compétence et la préparation compensent souvent le manque d’historique.
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Selon vous, quelle est l’importance du réseautage au Canada ?
Le réseautage est vital et je le considère comme la monnaie d’échange non officielle dans le milieu des affaires au Canada.
Au-delà du simple échange de cartes, le réseautage construit la confiance et la visibilité.
Il permet d’accéder au marché caché (opportunités non publiées).
Il est essentiel pour valider votre légitimité auprès des institutions et des partenaires majeurs.
Je souligne dans le livre que le réseautage doit être stratégique et basé sur l’authenticité et la proposition de valeur mutuelle, en revenant à l’idée que les relations sont avant tout basées sur l’intérêt.
Combien de temps faut-il à un entrepreneur immigrant pour réussir au Canada ?
Il n’y a pas de formule magique ni de délai fixe. Le succès est subjectif et dépend de l’individu.
Toutefois, je dirais qu’il faut souvent plus de temps qu’un entrepreneur natif en raison de la période d’intégration double. L’intégration sociale et culturelle (comprendre les codes),
l’intégration du marché (comprendre le consommateur et les lois).
Il faut généralement compter entre 3 et 5 ans pour qu’un entrepreneur immigrant, qui travaille de façon stratégique et qui maîtrise son épanouissement personnel, puisse atteindre une stabilité financière et une croissance significative.
Où peut-on se procurer votre œuvre ?
Mon livre, « Entreprendre au-delà des frontières », est disponible partout où les bons livres sont vendus (rire) ! En ligne sur toutes les représentations majeures d’AMAZON, c’est une préférence car je suis en auto-édition.
Ou encore directement auprès de moi : Via mon site web www.universdesabine.com ou un petit texto au + 1 418-271-2428 avec dédicaces et échanges. J’adore discuter avec mes lecteurs et lectrices.
Propos recueillis par Eric Coulibaly




